Venezuela: angoisse et frustration de proches dans l'attente de leur libération
Dilsia Caro dit avoir dormi à même le sol devant la prison de Rodéo I, dans la banlieue de Caracas. "Je ne bougerai pas d'ici", assure celle qui espère voir son conjoint figurer parmi les prisonniers censés être relâchés par les autorités.
Des dizaines de proches de dissidents ou militants détenus au Venezuela affluent vendredi devant des centres pénitentiaires du pays. Couvertures sur les épaules pour certaines, les mains jointes pour d'autres ou brandissant des pancartes, ils sont désespéramment en quête de nouvelles.
Les rumeurs enflent sur les noms des prisonniers libérables ou libérés.
La veille, les autorités du Venezuela ont annoncé la libération de "nombreux prisonniers", sans préciser de date, ni le nombre ou les nationalités des détenus.
L'annonce est survenue moins d'une semaine après la capture par les Etats-Unis du président Nicolas Maduro, et le début lundi du mandat de la présidente par intérim, Delcy Rodriguez.
"Quand j'ai entendu la nouvelle, j'ai été prise d'une crise, je me suis mise à pleurer", dit Dilsia Caro.
Elle a pris cinq bus pour parcourir les 170 km entre Maracay et la prison Rodéo I à Guatire, à 30 km à l'est de Caracas.
Son mari, Noel Flores, maître d'oeuvre de 43 ans, est emprisonné depuis 2023 pour avoir, dit-elle, publié un message anti-gouvernemental sur WhatsApp.
Mais depuis jeudi, plus rien.
Certaines libérations sont effectives, comme celles de la célèbre avocate et militante Rocio San Miguel, ou encore Enrique Marquez qui avait mené une croisade judiciaire contre la réélection en 2024 de Nicolas Maduro, acquise selon l'opposition et une partie de la communauté internationale dans des conditions entachées de fraude.
Des ONG disent vendredi n'avoir pu attester qu'entre huit et onze libérations effectives.
"C'est une plaisanterie", "il ne faut pas perdre espoir", entend-on parmi les familles présentes au Rodéo I où monte aussi une frustration certaine du fait du manque d'informations.
"Les permis de sortie de prison sont arrivés!", crie quelqu'un.
La foule répond en chantant l'hymne national, appuyant les mots "abajo cadenas" (à bas les chaînes) de la première strophe.
- "Ils ne savaient rien" -
Shakira Ibarreto, fille d'un policier arrêté en 2024, raconte avoir pu parler à son père en prison.
"Il ne savait rien. Ils ne savaient pas qu'ils avaient arrêté Maduro, rien. Ils étaient détenus au secret depuis le 15 décembre", rapporte-elle.
Effrayée, elle lui a parlé de l'opération militaire spectaculaire menée par les Etats-Unis le 3 janvier, les bombardements, et la capture du président Nicolas Maduro que Washington entend juger devant un tribunal fédéral newyorkais pour, entre autres, "narcoterrorisme".
"Il y avait plusieurs prisonniers à proximité, ils ont tous commencé à crier d'excitation, à applaudir, les gardiens ne faisaient rien", dit-elle.
L'ONG Foro penal estimait avant jeudi à 806 le nombre de prisonniers politiques au Venezuela, dont 175 militaires.
- Espoir -
A l'Hélicoïde, une prison redoutée et gérée par les services de renseignements, c'est un ballet de motos et véhicules officiels.
Cette imposante structure en spirale et aux murs gris entourée de barbelés est considérée par les opposants comme un symbole de la "torture" pratiquée selon elle par le gouvernement.
Là aussi, des familles sont restées des heures durant jeudi, avant de partir à l'aube, pour revenir quelques heures plus tard.
Beaucoup ne savent où se trouvent leurs proches.
"Cela fait 43 jours que je n'ai aucune nouvelle de mon fils Victor José Borges, depuis que des fonctionnaires cagoulés vêtus de noir l'ont emmené de son lieu de travail", témoigne Mireya Martinez en larmes.
Non loin, Marili del Carmen Rodriguez cherche des informations concernant son fils de 29 ans arrêté en septembre dans l'intérieur du pays.
"Je ne sais pas s'il est ici, mais j'ai bon espoir", dit-elle.
V.Zimmermann--VZ