Chasse illégale: le procès du milliardaire Olivier Bouygues s'ouvre à Orléans
Le procès du milliardaire Olivier Bouygues et de cinq autres personnes s'est ouvert lundi devant le tribunal correctionnel d'Orléans pour destruction d'espèces d'oiseaux protégées sur son domaine de chasse en forêt de Sologne.
M. Bouygues est présent à l'audience qui doit durer deux jours, la première matinée étant consacrée à des questions de procédure. Il est arrivé au tribunal en compagnie de son avocat sans faire de commentaire.
Les investigations concernent des pratiques illégales "en cours depuis de nombreuses années sur le domaine de chasse" d'Olivier Bouygues, selon le ministère public.
L'homme d'affaires mis en cause est un des fils de Francis Bouygues, fondateur du géant du BTP, des télécoms et des médias.
A la suite d'une dénonciation anonyme, les enquêteurs ont découvert l'an dernier sur sa propriété un charnier d'oiseaux protégés, dont des faucons crécerelles, des grandes aigrettes, des busards, des buses variables et des grands cormorans.
Ces espèces gêneraient la prolifération du gibier. Plusieurs chats domestiques et sauvages ont aussi été tués.
Les gendarmes ont par ailleurs retrouvé du matériel prohibé, comme des armes ou une cinquantaine de pièges à mâchoires, interdits depuis 1995, ainsi que des documents listant les espèces à éliminer et retraçant les destructions déjà réalisées.
Une pelleteuse utilisée pour l'enfouissement des cadavres d'animaux a aussi été saisie.
Les six prévenus, dont cinq sont présents à l'audience, encourent jusqu'à sept ans d'emprisonnement et 750.000 euros d'amende.
Les faits présumés se sont déroulés sur au domaine de Fontenaille, propriété de M. Bouygues et étendu sur 600 hectares à La Ferté Saint-Aubin (Loiret), en Sologne, deuxième massif forestier français et terrain de chasse très apprécié des grandes fortunes du pays.
Début juillet 2025, à la suite d'une perquisition effectuée quelques semaines plus tôt, plusieurs personnes, dont Olivier Bouygues et le régisseur du domaine, avaient été placées en garde à vue.
Une source proche de l'enquête évoque auprès de l'AFP des faits d'une "gravité extrême" et un procès "exceptionnel".
- "Extrêmement grave" -
Une enquête a été ouverte notamment pour atteinte illicite en bande organisée à la conservation d'une espèce animale protégée ou à son habitat et destruction d'une espèce animale non domestique.
Les faits sont "niés en tout ou pour partie selon les personnes impliquées", rappelle la procureure de la République d'Orléans Emmanuelle Bochenek-Puren. "Les éléments recueillis décrivent un système de prime attaché à la destruction des animaux sur le domaine de chasse, parmi lesquels des espèces protégées".
"La circonstance aggravante de bande organisée n'avait jamais été mise en œuvre" jusqu'ici dans ce type de dossier, selon la magistrate.
Le procès est "symbolique car il illustre une situation totalement inédite et doit "être une valeur d'exemple", a affirmé le président de la Ligue de protection des oiseaux (LPO), a déclaré à la presse Allain Bougrain-Dubourg en arrivant dans la salle d'audience.
Il a dit espérer que l'audience "va rappeler à l'ordre d'autres" personnes "qui pourraient avoir des idées analogues".
"La biodiversité est en capacité de souffrir et la réglementation est faite pour tous, même ceux qui ont des super moyens", a-t-il ajouté.
Avec la LPO, une quinzaine d'associations de protection de l'environnement se sont constituées parties civiles, tout comme la Fédération départementale des chasseurs du Loiret.
"Pour un dossier contrôlé qui va au tribunal, comme celui-ci, beaucoup d'autres ne vont pas au bout, faute de moyens", a déploré le président de France Nature Environnement, Antoine Gatet en amont du procès.
F.Schneider--VZ