Six jihadistes français condamnés à la prison à perpétuité en Irak
La justice irakienne a condamné mardi sept Français, dont six à la réclusion à perpétuité, pour leur appartenance au groupe Etat islamique (EI), premier verdict dans le procès de 47 jihadistes français transférés de Syrie en Irak l'an dernier.
Des centaines de personnes, dont de nombreux étrangers, ont été condamnées à mort ou emprisonnées dans le pays, après avoir été accusées d'avoir commis des atrocités en Irak et en Syrie voisine à partir de 2014.
Les six Français condamnés à la prison à vie, qui équivaut à 20 ans dans le droit irakien, ont été reconnus coupables "du crime d'appartenance au groupe terroriste Daech (acronyme arabe de l'EI, NDLR) et d'avoir contribué avec des membres du groupe à répandre la terreur", selon une journaliste de l'AFP sur place.
Le tribunal a "commué la peine de mort en réclusion à perpétuité, étant donné que vous êtes jeunes, afin de vous offrir à l'avenir une chance (...) de redresser le cours de votre vie", a déclaré le juge en s'adressant aux accusés.
Le septième ressortissant français, âgé de 24 ans, a lui été condamné à 15 ans de prison. Il avait été emmené en Syrie par sa mère qui y avait rejoint l'EI il y a plus d'une décennie.
Les audiences se tiennent en présence d'observateurs et de responsables de l'ambassade de France à Bagdad, ainsi que de proches des accusés.
En revanche, les avocats parisiens d'une trentaine d'entre eux, qui réclamaient un procès en France, avaient annoncé début octobre avoir été "interdits" de territoire à Bagdad, pour avoir dénoncé dans la presse en début d'année "des traitements inhumains" des Français incarcérés.
Des avocats irakiens ont été mandatés à leur place.
Le rapatriement des suspects de l'EI et de leurs familles reste controversé en France, pays ciblé par le passé par des attentats jihadistes.
- "Grand soulagement" -
"Ces peines sont une certaine forme de soulagement, surtout pour les familles, car la peine de mort était légitimement redoutée", a réagi auprès de l'AFP Me Matthieu Bagard, avocat français de quatre des sept accusés condamnés mardi.
Mais, a-t-il nuancé, cela "ne change rien à tout ce que nous avons dénoncé : ce sont des Français jugés sans procès équitable (...). Cela ne change rien des tortures subies et d'aveux forcés".
En 2019, les tribunaux irakiens avaient condamné à mort 11 ressortissants français, dont la peine a été commuée, en appel, en prison à perpétuité.
Des organisations de défense des droits humains ont dénoncé le caractère précipité de ces procès pour "terrorisme", les jugeant expéditifs et dépourvus de garanties procédurales.
Marie Dosé, l'avocate du Français condamné mardi à une peine de 15 ans, arrivé en Syrie alors qu'il était mineur, reproche à la France d'assumer aujourd'hui "que ce sort soit réservé à des enfants devenus majeurs, qui ne sont responsables en rien des choix de leurs parents".
Dans le groupe de 47 ressortissants français, figure Adrien Guihal, un vétéran du jihad français ayant notamment revendiqué au nom de l'EI l'attentat de Nice, dans le sud de la France, qui avait fait 86 morts le 14 juillet 2016.
Bien que défait, l'EI conserve des cellules dormantes dans des zones désertiques.
O.Friedrich--VZ