Pour le RN comme LFI, des conflits à la chaîne contre les médias
Le Rassemblement national poursuit des médias en diffamation, Jean-Luc Mélenchon les poursuit de ses saillies. Chacun à leur manière, ces deux opposés politiques, souvent donnés qualifiés pour le second tour de la présidentielle, multiplient ces dernières semaines les attaques contre un adversaire commun: la presse.
L'occasion était trop belle pour la laisser passer: une information du Monde, mettant en cause le RN et démentie par la justice. Le quotidien avait affirmé que des tracts du parti avaient été retrouvés dans la voiture du tireur de Trappes, avant de se corriger après la mise au point du parquet.
Mais l'erreur n'a pas échappé à Marine Le Pen et Jordan Bardella, qui ont immédiatement dénoncé une "manoeuvre de désinformation" en pleine campagne présidentielle et réclamé "des excuses publiques". Le tout accompagné d'une plainte en diffamation, la troisième annoncée en un mois, contre autant de médias.
Une au moins a bien été déposée: celle contre Mediapart, qui a divulgué des écrits antisémites dont le président du RN nie être l'auteur. Une autre a été promise contre Le Canard enchaîné, qui affirme que Jordan Bardella a effacé les données d'un de ses réseaux sociaux après ces révélations.
Dans ce climat conflictuel, amplifié par les déclarations des deux chefs qui ont évoqué une "guerre totale" et suggéré à Mediapart d'enfiler un "costard en Kevlar" (matériau utilisé pour les gilets pare-balles), la base aussi manifeste son hostilité.
Ainsi le week-end dernier à Orléans, lors du congrès du parti et du meeting de sa candidate, les journalistes du site d'investigation ont été à deux reprises chahutés par des militants et évacués sans ménagement par le service d'ordre.
Pourtant, en marge de ces événements, Marine Le Pen s'est voulue rassurante devant la presse. "Je vous adore. On va vous garder, aussi critiques que vous soyez, et parfois de mauvaise foi", a-t-elle ironisé durant un échange informel. Manière de minimiser une défiance qu'elle n'est pas la seule à entretenir parmi les prétendants à l'Elysée.
- "Éteignez les télés!" -
A l'autre bord de l'échiquier politique aussi, l'inimitié entre Jean-Luc Mélenchon, pourfendeur régulier de "l'officialité médiatique", et la profession n'est pas nouvelle - loin de là.
Le leader Insoumis a l'habitude de régulièrement fustiger sur son compte X aux 2,7 millions d'abonnés les médias, et parfois directement les journalistes dont les articles lui déplaisent.
"Et vous, BFM, commencez à vous calmer sur les remarques racistes de toute sorte hein, parce que ça commence à bien faire", a-t-il également lancé samedi à un journaliste de la chaîne d'information en continu, qui l'interrogeait en direct lors de la manifestation du 24 octobre à Paris.
Depuis l'attentat raciste de Trappes, les Insoumis, comme d'autres responsables de gauche, pointent du doigt l'extrême droite et les médias, du groupe Bolloré mais pas uniquement, qu'ils accusent de relayer des théories racistes sur leurs plateaux.
Lundi soir, lors d'une cérémonie à La Courneuve en hommage aux victimes de Trappes, le maire LFI de cette commune populaire de Seine-Saint-Denis, Aly Diouara, a ainsi désigné les médias comme ayant une "responsabilité" dans le drame.
"Ils déroulent le tapis rouge aux discours les plus haineux, les mettent e
n scène, les banalisent et trop souvent ne les contredisent plus", a-t-il asséné.
Les Insoumis reprochent également aux chaînes de télévision d'avoir trop couvert les débordements en marge des dernières mobilisations sociales (mouvement des lycéens, rassemblements du 17 octobre), au détriment des revendications sociales des manifestants.
"Les gens en ont assez du traitement anxiogène et spectaculaire des chaînes d'information. La parole médiatique officielle est délégitimée", assure auprès de l'AFP le coordinateur national de LFI Manuel Bompard.
"Éteignez les télés! Faites-vous votre opinion sans tuteur. Voyagez dans les réseaux sociaux", a même écrit sur X, propriété d'Elon Musk, Jean-Luc Mélenchon le 24 octobre.
Et ce même si les réseaux sociaux sont reconnus comme pouvant être un nid à fake news.
"Sur les réseaux il y a certes de la désinformation et des biais algorithmiques. Mais il y a aussi la possibilité de chercher d'autres contenus qu'on ne voit pas dans les médias traditionnels", appuie Manuel Bompard.
Des déclarations conformes à la stratégie des Insoumis qui, ces derniers mois, ont organisé plusieurs conférences de presse réservées aux "nouveaux médias numériques", principalement des influenceurs de gauche se produisant sur les réseaux.
P.Schulz--VZ