Des centres de données qui ne consomment plus beaucoup d'eau, la tech y croit
Moins d'eau ou même plus du tout pour refroidir les installations des centres de données qui poussent comme des champignons, voilà la promesse audacieuse du secteur qui s'appuie sur de nouvelles techniques pour diminuer sa consommation massive.
"Jusqu'à 100% de réduction de l'eau utilisée", a clamé le géant américain des puces informatiques Nvidia dans une présentation de ses nouveaux serveurs DSX, en juin.
L'affirmation est tout sauf anodine alors que les centres de données font l'objet d'une hostilité croissante aux Etats-Unis, notamment pour leur gourmandise en électricité et en eau.
En 2025, ces "data centers" ont consommé 222 milliards de litres d'eau dans le monde pour leur refroidissement, selon le cabinet Rystad Energy.
Ce dernier estime que, sans mesures d'adaptation, le total pourrait quasiment tripler d'ici 2030 (644 milliards de litres). Mais des mesures "d'atténuation active" limiteraient cette hausse à 74%, soit une progression nettement plus contenue.
Pour tenir son objectif, Nvidia mise sur le refroidissement par un liquide en circuit fermé, qui passe directement dans les serveurs, au plus près des puces, dont la température peut monter à plus de 80°C.
"Généralement, il y a une corrélation entre le volume d'eau et la quantité d'électricité" nécessaire au contrôle de la température, prévient néanmoins Andy Masley, chercheur indépendant.
Le liquide confiné dans les tuyaux doit ainsi être rafraîchi par ventilation, théoriquement au prix d'une dépense d'énergie supérieure à un système par évaporation d'eau.
Nvidia assure toutefois neutraliser cette interdépendance en laissant le liquide arriver dans les serveurs à 45°C, alors que l'organisme de certification Uptime Institute estimait en 2024 la température moyenne à 32°C dans un circuit fermé à l'époque.
Dès lors, plus besoin d'envoyer de l'air refroidi dans le bâtiment: "de simples ventilateurs suffisent", explique Josh Parker, responsable du développement durable chez Nvidia.
Selon lui, faire circuler uniquement de l'air ambiant durant "une bonne partie de l'année réduit ou élimine la consommation d'eau, sans énergie supplémentaire".
Pour les sites sous climat extrême, ou en cas de vague de chaleur, un complément par évaporation d'eau ou diffusion d'air à basse température reste toutefois parfois nécessaire.
- "Relations publiques" -
Microsoft, AWS et Meta ont tous indiqué à l'AFP recourir également au circuit fermé, sans aucune déperdition d'eau.
Les deux premiers - mastodontes de l'informatique à distance (cloud), basé sur les centres de données - ont fait état d'une réduction sensible de leur indice de consommation d'eau WUE (Water Usage Effectiveness) de respectivement 37% pour AWS et 25% pour Microsoft entre 2022 et 2025, à activité équivalente.
Mais beaucoup d'autres fournisseurs de "cloud" ne publient peu, voire aucune donnée de référence.
Devenu un gros poisson des centres de données, xAI, la société d'Elon Musk, ou sa nouvelle maison mère SpaceX, n'ont par exemple jamais publié de rapport ESG (environnement, social et gouvernance). En juin, le cabinet d'évaluation MSCI a attribué à SpaceX la note ESG la plus basse de sa classification.
"Il y a des raisons" de minimiser son recours à l'eau, "mais elles ne relèvent pas des coûts, parce que l'eau est généralement bien moins chère que l'électricité", souligne Shaolei Ren, professeur d'ingénierie à l'université UC Riverside.
Pour lui, "la motivation est plutôt liée aux relations publiques et à la perception des collectivités", dont un nombre croissant se mobilise actuellement aux Etats-Unis pour bloquer ou mieux contrôler l'implantation de centres de données.
Sans compter que les avancées technologiques ne peuvent souvent pas être appliquées aux centres de données existants, en grande partie parce que la facture serait trop coûteuse.
"Les vieux centres difficiles à convertir sont un problème", reconnaît Minh K Le, responsable de la branche centres de données et hydrogène chez Rystad Energy.
Le cabinet rappelle aussi que, pour avoir un tableau plus complet, il convient de prendre en compte la consommation indirecte d'eau des "data centers", liée à la production d'énergie qui les alimente mais aussi à la fabrication des puces et serveurs.
Il indique qu'aux Etats-Unis, cet impact indirect peut peser le double de la consommation d'eau directe.
E.Abel--VZ