Le steak de Lula, une promesse dure à avaler pour certains Brésiliens
Il y a quatre ans, Lula s'était engagé à mettre de la "picanha", un pièce de boeuf prisée des Brésiliens, sur la table du "peuple". Las, avec la hausse du prix, certains gardent cette promesse en travers de la gorge.
Son principal rival au scrutin d'octobre, Flavio Bolsonaro, se charge de rappeler au président de gauche la promesse qu'il avait faite lors de sa campagne victorieuse de 2022.
"Puisque Lula n'a pas apporté de picanha, moi je l'ai apportée ici", a lancé lors d'un déplacement le fils de l'ex-président d'extrême droite Jair Bolsonaro (2019-2022), avant de servir à la presse un grand plat de viande rouge.
La pointe de rumsteck, connue au Brésil sous le nom de "picanha", est une pièce relativement coûteuse dans ce pays où les familles aiment organiser des barbecues le week-end et pour les festivités de toutes sortes.
Sur les marchés, son prix oscille entre 80 et 110 reais le kilo (de 13 à 18 euros), a constaté l'AFP.
Mais cette pièce de boeuf a aussi une valeur symbolique.
"La sensation de manger de la +picanha+, c'est de manger comme mangent les riches", explique à l'AFP Mirne Franco, propriétaire d'une boucherie en périphérie de Brasilia.
Le Brésil est le premier exportateur et deuxième producteur mondial de viande bovine, selon l'Association brésilienne des industries exportatrices de viande.
- "Rien qui change" -
Dans sa quête d'un troisième mandat non consécutif en 2022, Lula, qui à 80 ans en brigue aujourd'hui un quatrième, avait pu compter encore sur un large soutien des classes populaires.
"Le peuple recommencera à manger de la picanha", avait-il assuré.
Mais son prix a enregistré une hausse cumulée de près de 10% cette année, selon l'autorité statistique.
À la veille d'une élection qui s'annonce serrée, la plainte revient en boucle.
La viande "est plus chère. J'ai voté Lula mais je ne le ferai plus parce que je ne vois rien qui change", dit Lucas da Silva, 23 ans, grillardin dans un restaurant d'un quartier populaire de la capitale.
La droite, elle, se régale: dans une vidéo à l'impeccable mise en scène du député-influenceur bolsonariste Nikolas Ferreira, une femme au foyer se retrouve à court d'argent devant la caisse du supermarché et doit laisser une "picanha" de la marque "Promesse"...
Les images totalisent des millions de vues sur les réseaux sociaux.
- Données en main -
Lula se défend avec des chiffres, qui montrent que l'inflation des aliments s'est modérée.
La moyenne durant ses trois premières années de gouvernement est de 4%, contre plus de 11% pour Jair Bolsonaro sur ses trois dernières années, affectées en partie par la pandémie.
"Il serait important que ces rivaux, au lieu d'aller au supermarché faire leur show, suivent les données pour savoir que les choses se sont beaucoup améliorées dans ce pays", a rétorqué le leader de gauche.
Il affiche une inflation qui reste dans la cible officielle et un chômage historiquement bas.
Mais la croissance de l'économie a ralenti - 0,5% seulement au deuxième trimestre - et la consommation a baissé.
Pour Robson Carvalho, chercheur à l'Université nationale de Brasilia, Lula avait fait une promesse en "langage figuré".
Le steak était là pour "symboliser" les mesures "pour contenir le prix des aliments", décrypte-t-il.
- "Pas de contrôle" -
Selon un sondage de l'institut Quaest réalisé en septembre, 67% des Brésiliens disent avoir senti l'inflation des produits alimentaires au cours du mois écoulé.
"Le pauvre ne connaît la +picanha+ que de réputation" et la classe moyenne "ne parvient pas à en acheter plus d'un kilo", peste Mirne Franco, tandis que l'un de ses employés découpe une pièce entière en morceaux plus abordables.
Marcela Alves Cesar, secrétaire au Parlement, "adore" le boeuf. Cependant, dernièrement elle achète davantage de poulet, qu'elle considère plus sain, et aussi "à cause du prix (de la viande rouge), qui est très élevé".
Le 4 octobre, elle votera pour Flavio Bolsonaro, 45 ans, au premier tour.
Dans son exploitation de Barretos, dans l'État de Sao Paulo (sud-est), Carlos Roberto dos Santos, propriétaire de 1.500 têtes de bétail, se plaît à rappeler que le prix de la viande bovine dépend du marché.
Pour cet éleveur, Lula "savait qu'il n'avait pas le contrôle là-dessus", c'était une promesse "populiste".
W.Abeln--VZ