A la COP17, haro sur les subventions aux activités néfastes à la biodiversité
"Pas en arrière" ou "suicide" : l'ombre des subventions aux activités néfastes pour la planète, notamment aux énergies fossiles, plane sur l'ouverture de la COP17 pour la biodiversité en Arménie, durant laquelle les près de 200 pays représentés vont tenter de trouver les moyens d'enrayer la dégradation de la nature.
"Ici, en Arménie, où les montagnes ont tant façonné le paysage, c'est peut-être une analogie pertinente : nous ne pourrons pas atteindre le sommet si, pour chaque pas en avant que nous finançons en faveur de la nature, des subventions néfastes pour l'environnement nous font reculer d'un pas", a lancé Céline Beaulieu, responsable des partenariats avec le secteur public à l'ONG WWF, au cours d'une conférence de presse.
Les Etats réunis pour deux semaines à Erevan pour la 17e édition de la COP Biodiversité organisée sous l'égide de l'ONU ont peu avancé dans leur objectif de réduire ces aides, dont la baisse drastique fait pourtant partie d'un plan ambitieux en 23 points baptisé "Kunming-Montréal", équivalent à l'accord de Paris pour le climat et décidé en 2022 lors de la COP15.
En vertu de cet accord, ils sont supposés réduire d'au moins 500 milliards de dollars par an ces aides, évaluées à 2.600 milliards par an.
- "Maillons faibles" -
"Il convient de se concentrer sur les maillons faibles" pour avancer en matière de biodiversité, a affirmé lundi le ministre chinois de l'Environnement Huang Runqiu au cours de la cérémonie d'ouverture, "en réformant les subventions néfastes" parmi d'autres sujets, a-t-il dit.
Vendredi, au cours d'un sommet des dirigeants, le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, est même allé jusqu'à dire que "subventionner les énergies fossiles revient à subventionner le suicide".
Des produits chimiques dans l'agriculture à la production d'énergies fossiles, les subventions néfastes à la nature sont abondantes, et difficiles à abaisser dans un contexte économique très difficile.
"En général, la logique économique qui sous-tend ces mesures est la suivante : nous voulons créer des moyens de subsistance, nous voulons créer des emplois et favoriser la croissance économique", indique à l'AFP le président du WWF, Adil Najam, présent à Erevan.
"Mais à mesure que nous en apprenons davantage, nous nous rendons compte qu'elles ont des effets néfastes qui sont parfois bien plus importants que les effets positifs pour lesquels elles avaient été initialement conçues", ajoute-t-il.
- Progression faible -
A l'instar de ces subventions, les Etats ont peu progressé dans leurs objectifs de protection de la biodiversité, quatre ans après leur engagement à faire de substantiels progrès d'ici 2030.
Pourtant les extinctions d'espèces, la dégradation des forêts et des récifs coralliens, et l'aggravation des catastrophes naturelles rendent les efforts des États de plus en plus urgents.
Parmi les 23 cibles figurent aussi la protection des aires terrestres et maritimes, la protection des populations autochtones, ainsi que des objectifs financiers, qui seront abordés au cours de cet événement au cours duquel jusqu'à 15.000 personnes sont attendues.
"Des milliards de personnes, dont la vie est bouleversée par les conséquences de la perte de biodiversité, comptent sur les progrès qui seront réalisés ici", a dit lundi Astrid Schomaker, responsable de la biodiversité à l'ONU et secrétaire exécutive de la Convention sur la diversité biologique (CDB).
- Finance -
Également dans le rouge, les engagements financiers, en particulier les objectifs d'aide des pays riches vers les pays en développement. Ce sujet devrait occuper un rôle central lors du sommet qui précède de trois semaines la COP31 sur le climat, en Turquie.
"Il subsiste un énorme déficit de financement mondial en matière de biodiversité", a relevé vendredi Huang Runqiu, tandis que les États développés, Union européenne en tête, tentent de faire participer davantage Pékin et les grands pays émergents aux efforts.
Mais ces déficits surviennent à l'heure où les États font face à des difficultés budgétaires très importantes, illustrées par la forte diminution de l'aide publique au développement, et par une crise du multilatéralisme.
"Notre mission consistera à surmonter les divergences, à parvenir à un consensus et à veiller à ce que la COP17 aboutisse à des résultats", a espéré lundi le président de la COP17 et ministre arménien de l'Environnement Hambardzum Matevosyan.
M.Albrecht--VZ