L'huile d'olive importée dans l'UE pas ou peu contrôlée
La Cour des comptes européenne déplore dans un rapport publié mercredi les contrôles "inexistants" ou "sporadiques" sur la présence de pesticides dans les importations d'huile d'olive, notamment en provenance de Tunisie.
Certes, plus de 90% de l'huile d'olive consommée dans l'UE est produite sur le continent, avec des "contrôles bien établis" sur les résidus de pesticides.
Mais le rapport souligne les lacunes pour l'huile d'olive importée, qui représente 9% du marché européen, principalement en provenance de Tunisie et, à la marge, de Turquie, d'Argentine ou du Maroc.
Pour ces importations, les contrôles aux frontières "sur la présence de pesticides et d'autres contaminants sont soit inexistants soit très limités dans les Etats membres visités" durant l'audit (Belgique, Espagne, Grèce, Italie), relève la Cour des comptes européenne.
En Italie, "en 2023 et 2024, aucun chargement d'huile d'olive n'a été contrôlé aux principaux points d'entrée de ce produit", selon ce rapport.
En Espagne, entre 2018 et 2023, seuls trois échantillons ont été analysés pour déceler la présence de résidus de pesticides et cinquante pour celle d'autres contaminants.
"La Belgique ne prévoit aucun contrôle de l'huile d'olive aux postes de contrôle frontaliers et la Grèce n'a introduit ces contrôles qu'en 2024", affirme la Cour.
Réagissant à ce rapport, la Commission européenne a souligné que l'huile d'olive importée "doit être contrôlée de la même manière que la production européenne" et a proposé son "assistance technique" pour "soutenir" les Etats membres, en charge de ces contrôles.
La présence éventuelle dans les importations vers l'Europe de pesticides interdits dans l'UE est un sujet inflammable pour les agriculteurs européens.
Ce rapport "confirme encore davantage la préoccupation de l'agriculture européenne quant au manque de contrôles", a réagi le Copa-Cogeca, qui regroupe les principaux syndicats agricoles d'Europe.
"Il s'agit d'une question d'équité" commerciale et "de protection des consommateurs", afin de "ne pas fragiliser des secteurs stratégiques européens, tels que l'huile d'olive", a souligné cette organisation.
Les syndicats agricoles européens combattent actuellement l'accord de libre-échange avec les pays latino-américains du Mercosur, pointant notamment du doigt le manque de contrôles en matière de pesticides.
Pour tenter de les rassurer, la Commission européenne a promis en décembre une hausse de 50% du nombre de contrôles à l'étranger dans les deux ans qui viennent et une augmentation de 33% des audits aux postes-frontières.
Sous la pression de la France et de l'Italie, la Commission européenne s'est aussi engagée à légiférer sur les résidus de pesticides (LMR), autorisés actuellement quand ces traces sont minimes.
Début janvier, elle a promis d'interdire totalement trois substances (carbendazime, bénomyl et thiophanate-méthyl) dans les produits importés, notamment dans les agrumes, les mangues ou les papayes.
A.Schuster--VZ