A Cuba, étranglé par le manque de carburant, la vie au ralenti
Télétravail, carburant rationné, études à distance... Cuba a commencé lundi à appliquer de nouvelles mesures d'urgence destinées à économiser le carburant pour faire face à l'étranglement énergétique imposé par les Etats-Unis.
Dans les rues de La Havane, la circulation était moindre qu'à l'accoutumée lundi, a constaté l'AFP, et les habitants, déjà soumis depuis des années à des coupures de courant quotidiennes, des pénuries en tout genre et une inflation galopante, ne cachent pas leur inquiétude.
"Tout le monde se demande combien de temps un pays peut vivre dans de telles conditions", explique Rosa Ramos, une infirmière de 37 ans, qui attend depuis une heure un moyen de transport pour se rendre à son travail.
"C'est angoissant", reconnaît Clara Rumbau, une retraitée de 65 ans, qui a déjà marché deux heures dans la capitale faute de transports publics.
L'île communiste de 9,6 millions d'habitants se retrouve dans une situation de grande vulnérabilité depuis la fin de l'approvisionnement en pétrole par le Venezuela, sous pression américaine, et les menaces de Washington de frapper de droits de douane les pays lui vendant du pétrole.
Ces dernières semaines, aucun pétrolier n'est arrivé à Cuba, comme a pu le vérifier l'AFP auprès de plusieurs sources spécialisées dans le suivi du transport maritime. Les seuls navires qui sont entrés dans un port provenaient d'un autre port du pays.
Le Mexique, deuxième fournisseur de pétrole de Cuba jusqu'à la chute du président vénézuélien Nicolas Maduro, a pour l'instant suspendu ses livraisons et négocie avec Washington la manière d'envoyer du pétrole à La Havane, sans subir de représailles de la part de son principal partenaire commercial.
Lundi, sa présidente Claudia Sheinbaum a jugé "très injuste" la menace américaine de droits de douane. "On ne peut pas étrangler un peuple de cette manière", a-t-elle dénoncé. Mexico a annoncé dimanche avoir envoyé 814 tonnes de vivres destinés à la population cubaine.
Moscou a également réagi lundi, dénonçant les "méthodes asphyxiantes" des Etats-Unis qui "causent beaucoup de difficultés pour le pays", selon le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov. Ce dernier a précisé que la Russie était en discussions avec les autorités cubaines pour apporter son assistance.
- Suspension de vols -
L'objectif de Washington, qui impose un embargo économique à l'île depuis 1962, est "comme toujours, de briser la volonté politique des Cubains". "La situation est difficile et exigera de grands sacrifices", a reconnu sur X le ministre cubain des Affaires étrangères, Bruno Rodriguez.
Le tourisme, déjà à la peine en raison de la grave crise économique qui secoue le pays depuis six ans, devrait être sévèrement impacté, ce qui réduira encore l'entrée de devises dans le pays.
Signe de la gravité de la situation, les autorités cubaines ont informé les compagnies aériennes desservant le pays que l'avitaillement en kérosène serait suspendu pour un mois à partir de lundi minuit. Plusieurs compagnies, comme Air France, Iberia ou Air Europa, vont instaurer une "escale technique" de ravitaillement ailleurs dans les Caraïbes pour poursuivre leurs liaisons.
Air Canada a cependant annoncé lundi la suspension de ses liaisons et effectuera seulement des "vols sortants à vide pour aller chercher environ 3.000 clients déjà à destination et les ramener chez eux".
Le gouvernement a également annoncé la fermeture de certains hôtels faiblement occupés et le regroupement des touristes dans d'autres.
"Des hôtels sont en train d'être fermés à Varadero", la station balnéaire phare de Cuba, située à 150 km de La Havane, et "dans d'autres provinces", a confirmé à l'AFP une professionnelle du secteur qui n'a pas souhaiter donner son nom.
Les journées scolaires ont été réduites et les universités fonctionnent désormais en distanciel, comme pendant la pandémie de Covid-19.
Maura Linsay Pérez, 18 ans, étudiante en première année de biologie à l'Université de La Havane, redoute désormais ce qui "va se passer avec (son) semestre universitaire".
Les mesures prises par le gouvernement cubain ne sont pas sans rappeler celles édictées pendant la "période spéciale", la grave crise économique qui avait suivi la chute en 1991 de l'URSS, alors principal fournisseur de pétrole à Cuba.
B.Simon--VZ