Reprise des hostilités entre Américains et Iraniens, fermeture du détroit d'Ormuz
L'Iran a annoncé dimanche la fermeture du détroit d'Ormuz après une nouvelle reprise des hostilités avec les Etats-Unis, déclenchée par l'attaque d'un navire dans cette voie maritime stratégique, mettant une fois de plus à mal le cessez-le-feu théoriquement en vigueur.
Dans ce contexte, Ishaq Dar, chef de la diplomatie pakistanaise, médiateur dans ce conflit déclenché fin février par des attaques américano-israéliennes, a appelé à la "désescalade", exhortant les deux ennemis à "faire preuve de retenue".
Dimanche matin, les voisins du Golfe étaient à leur tour ciblés.
Au Koweït et aux Emirats arabes unis, les autorités ont dit faire face à des attaques aériennes. Les sirènes d'alerte ont retenti au Bahreïn, et au Qatar, des journalistes de l'AFP ont entendu des explosions et assisté à des interceptions dans le ciel du sud de la capitale Doha.
Les autorités de l'émirat ont confirmé avoir intercepté des missiles. Les Gardiens de la Révolution ont déclaré dans un communiqué cité par les médias officiels qu'ils avaient visé une base aérienne américaine au Qatar "en réponse aux attaques continues" des Etats-Unis.
L'armée idéologique de la République islamique a aussi revendiqué une rare attaque sur le voisin d'en face Oman, affirmant avoir détruit des bases d'appui logistique aux porte-avions américains sur le port de Duqm, selon l'agence Irib.
La Jordanie a pour sa part indiqué avoir été la cible de trois missiles iraniens.
Plus tôt, l'Iran avait annoncé la fermeture "jusqu'à nouvel ordre" du détroit d'Ormuz, par lequel transitait en temps normal un cinquième du commerce mondial d'hydrocarbures, après y avoir tiré sur un navire.
"Plusieurs navires ont tenté d'emprunter une route non autorisée et ont ignoré nos avertissements et nos rappels", ont écrit les Gardiens dans un communiqué. "Un navire qui avait mis en danger la sécurité maritime en désactivant ses systèmes a été touché par des tirs d'avertissement et arrêté", ont-ils poursuivi.
- Canot de sauvetage -
Selon l'agence de sécurité maritime britannique UKMTO, l'attaque a eu lieu à 9 milles nautiques (environ 17 km) à l'est de la péninsule de Moussandam, appartenant au sultanat d'Oman, et a causé un incendie à bord, engendrant l'évacuation de l'équipage sur un canot de sauvetage.
En retour, le Commandement central de l'armée américaine (Centom) a annoncé avoir mené environ 140 frappes contre des cibles militaires en Iran, la troisième série depuis mardi, visant "des sites de missiles et de drones iraniens, des moyens navals, des dépôts de munitions, des réseaux de communication et des postes de surveillance côtière".
Des médias iraniens ont fait état d'explosions dans le sud du pays, à Bandar Abbas, Sirik, Jask, sur l'île de Qeshm, ainsi que dans la province du Khouzistan, frontalière de l'Irak, sans signaler de victime dans l'immédiat.
"L'Iran a fait un mauvais choix. Maintenant ils paient", a écrit sur X le ministre américain de la Défense, Pete Hegseth.
Selon le Centcom, le navire touché par l'Iran est le GFS Galaxy, un porte-conteneurs battant pavillon chypriote et un membre d'équipage civil est porté disparu.
- Détroit fermé -
"Le détroit d'Ormuz sera fermé jusqu'à nouvel ordre et jusqu'à la fin des interventions américaines dans cette région; aucun navire ne sera autorisé à le traverser", ont écrit les Gardiens, qui ont par la suite annoncé avoir frappé "un deuxième navire qui violait les régulations dans le détroit d'Ormuz", sans plus de précisions.
Téhéran autorise un seul couloir de navigation, le long de ses côtes, et exclut tout retour à la situation d'avant-guerre, quand le passage était gratuit dans le détroit d'Ormuz, ce que les Etats-Unis contestent.
Samedi, des pourparlers se sont tenus à ce sujet entre l'Iran et Oman, en présence d'une délégation qatarie, autre pays médiateur. Selon la diplomatie iranienne, "les futures modalités de gestion du trafic dans le détroit d'Ormuz doivent être élaborées de concert entre les deux pays côtiers" qui ont "convenu de poursuivre les discussions aux niveaux politique, technique et juridique afin de parvenir à un consensus sur la sécurité de la navigation dans le détroit".
Les Etats-Unis avaient déjà bombardé l'Iran dans la nuit de mardi à mercredi, puis au cours de la nuit suivante, après avoir imputé à Téhéran la responsabilité d'attaques contre des navires commerciaux. En représailles, l'Iran avait frappé des cibles au Koweït, à Bahreïn et au Qatar.
Washington et Téhéran ont signé le 17 juin un protocole d'accord, assorti d'un cessez-le-feu, se donnant 60 jours pour trouver une issue définitive à cette guerre.
Depuis, le président américain Donald Trump a affirmé à plusieurs reprises que ce cessez-le-feu était "terminé" en raison des attaques iraniennes contre des navires, tout en autorisant la poursuite des pourparlers.
Le guide suprême iranien, Mojtaba Khamenei, a par ailleurs prévenu samedi que la "vengeance" était "inévitable" après les funérailles de son père et prédécesseur Ali Khamenei, tué au début de cette guerre.
Vendredi, Donald Trump avait accusé l'Iran de vouloir le faire assassiner, et promis une nouvelle fois "de décimer et de détruire complètement toutes les régions d'Iran" s'il tentait de le faire.
F.Schneider--VZ