Le procès pour diffamation de Marie Portolano centré sur les agissements de Pierre Menès
Le procès de la journaliste Marie Portolano pour diffamation envers Pierre Ménès a été marqué par l'absence de l'ancien chroniqueur, qu'elle accuse d'agression sexuelle, avec des débats largement centrés sur les agissements reprochés à l'ex-star de Canal+.
Au cours du procès, la journaliste a raconté les "stratégies d'évitement" adoptées par elle-même et les autres femmes à chaque présence du consultant sportif qui, en 2016, était désigné par L'Equipe comme la 10e personnalité la plus influente du football français.
Pierre Ménès avait saisi la justice trois mois après la parution du livre de Marie Portolano, "Je suis la femme du plateau", paru en mars 2024 aux éditions Stock, dans lequel la journaliste sportive relatait une agression sexuelle subie sur le plateau de Canal Football Club en 2016.
Les débats se sont déroulés en l'absence de l'ancien chroniqueur, dont la demande de renvoi a été rejetée par le tribunal.
Dans ce contexte et étant donné les nombreux témoignages fournis par la défense de Marie Portolano, l'audience de la journaliste s'est transformée en un panorama des agissements reprochés à Pierre Menès.
"On s'est tous rassemblés (...) pour faire une photo avec Antoine Griezmann, notre invité, et à ce moment-là, Pierre m'a soulevé la jupe" sous les yeux du public, a témoigné Marie Portolano à la barre, ajoutant l'avoir "frappé devant tout le monde" avant de quitter le plateau, "très énervée".
Un récit corroboré par trois témoignages directs, dont celui d'Hervé Mathoux, présentateur historique du Canal Football Club, a ensuite indiqué Me Christophe Bigot, avocat de Marie Portolano et des éditions Stock.
"Dès que j'étais en contact avec lui, soit il touchait mes seins, soit il touchait mes fesses", a raconté la journaliste. Une situation partagée avec les maquilleuses, à qui il "attrap(ait) les fesses".
"Il avait un droit de cuissage, c'est vraiment ce qu'on disait entre nous", a assuré Mme Portolano, pour expliquer l'un des passages de son livre qui fait l'objet de la plainte en diffamation.
"Qu'est-ce que vous voulez de plus?", a tonné Me Bigot, mentionnant les conclusions de l'Inspection du travail qui font état de "palpations de seins" des femmes enceintes, de "mains aux fesses répétées" et d'"humiliations en public" de la part du consultant déchu.
"On attend de lui qu'il comprenne que les femmes ne sont pas ses choses, qu'il ne dispose pas de leur corps comme il l'entend", a cinglé Me Bigot.
Le procureur de la République a estimé qu'il y avait "une base factuelle suffisante" pour que la journaliste porte "en toute bonne foi" ces accusations.
- La forêt derrière l'arbre -
Devant les juges, Mme Portolano a rappelé que son livre - dans lequel Pierre Ménès n'est pas nommé une seule fois - visait surtout à dénoncer un "système".
"J'ai écrit ce livre parce que j'étais mécontente du fait que toute la forêt se cache derrière l'arbre, et que l'arbre, ce soit lui", a expliqué Marie Portolano. "Les vrais coupables sont les personnes qui l'ont laissé faire."
Genèse du livre, la diffusion retentissante du documentaire "Je ne suis pas une salope, je suis une journaliste", co-réalisé par Marie Portolano en 2021, donnait la parole à 18 femmes afin de dénoncer le sexisme dans les rédactions sportives.
Mais un extrait impliquant Pierre Ménès, coupé au montage sur demande du producteur Canal+ pour protéger son chroniqueur, avait cristallisé toute l'attention lors de sa révélation.
Pierre Ménès y assurait ne pas se souvenir de l'agression en plateau, tout en affirmant qu'il pourrait le refaire.
"J'avais fait attention à bien expliquer qu'il n'y avait pas un homme coupable, mais une société coupable, qui encourageait en permanence ce genre de comportement, notamment dans les relations sportives", a déclaré Marie Portolano.
Pierre Ménès, qui n'était pas représenté par un avocat après la demande de renvoi, espérait obtenir ce report pour cause de rendez-vous médical, mais le tribunal a estimé que cet impératif n'était "pas justifié".
La défense avait elle dénoncé un "choix tactique" visant à essayer de reporter l'audience après le procès du 16 novembre, dans lequel le tribunal de Nanterre doit se prononcer sur le fond de l'affaire.
Le délibéré sera rendu le 4 novembre.
O.Bauer--VZ