En Serbie, un peuple plein d'espoir après la victoire des étudiants aux législatives
Après avoir manifesté deux ans durant contre la corruption et remporté largement les élections en Serbie face au dirigeant nationaliste Aleksandar Vucic, le mouvement étudiant est au seuil lundi de profondes réformes susceptibles de changer ce pays des Balkans.
Selon l'ONG de référence Cesid, sur la base d'un échantillon représentant 96 % des votes, la liste a remporté dimanche 52,9 % des voix, contre 38,8 % pour le parti Parti progressiste serbe (SNS) sortant.
Soit une majorité confortable de 140 sièges sur les 250 que compte le Parlement, contre 103 pour la formation de M. Vucic.
Lundi après-midi, Belgrade avait encore la tête à la fête, profitant d'après Katarina Malesevic, une étudiante en design de 23 ans, "d'un fond de l'air totalement différent". "Je crois qu'on a enfin trouvé la liberté", a-t-elle réagi, très émue, auprès de l'AFP.
"On se promène et certains pleurent de joie!", a constaté Milutin Kandic, lui aussi étudiant et âgé de 23 ans.
La participation finale est estimée à 69,3 %, un record depuis plus de trente ans pour ces législatives anticipées, suivies de près dans toute l'Europe, alors que le continent fait face à une vague de manifestations menées par la jeunesse.
D'après l'analyste Dejan Vucicevic, la situation actuelle des 6,4 millions d'électeurs en Serbie se distingue toutefois des protestations en cours et n'est pas transposable.
"Cette expérience de démocratie par la base réussissant à arracher plus de 50 % des voix ne pourra pas nécessairement fonctionner à l'identique ailleurs", a-t-il affirmé à l'AFP.
Proche de la Russie, il dominait la vie politique nationale depuis 14 ans.
Lundi, le Kremlin a dit espérer que les nouveaux dirigeants comprendraient que la "coopération avec la Russie" serait "dans l'intérêt" de leur pays.
Durant la campagne, le mouvement étudiant s'était bien gardé de s'attarder sur les questions de politique étrangère.
"Il a insisté sur les affaires intérieures", a expliqué M. Vucicevic, donnant la priorité à la réforme des institutions et à l'État de droit, ce qui, a-t-il ajouté, rapprocherait le pays de l'adhésion à l'Union européenne (UE).
La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a d'ailleurs rapidement dit sur X dimanche soir que l'UE était prête à "faire avancer l'avenir de la Serbie au sein" du bloc.
- "Au travail" -
"Plus jamais nous n'aurons de tyran dans ce pays", a lancé Ilija Srdanovic, représentant la liste des étudiants, devant les militants brandissant des ballons colorés.
Cette alternance spectaculaire est l'aboutissement de près de deux années de protestations déclenchées par l'effondrement, en 2024, d'un auvent de la gare alors tout juste rénovée de Novi Sad, deuxième ville de ce pays des Balkans.
Seize personnes étaient mortes et les étudiants ont estimé que l'accident était une conséquence de la corruption endémique.
Début septembre, M. Vucic avait fini par convoquer un vote, démissionnant de son second mandat à la tête de l'État afin de mener la campagne pour son camp.
Constitué en une force politique disparate, le mouvement étudiant avait présenté une liste unique sans tête d'affiche, avec une sélection de candidats issus de la société civile, dont le seul point commun était de vouloir battre le SNS.
Lundi "commence le travail, un travail sérieux, responsable et acharné pour construire une Serbie où la loi s'applique de la même façon à chacun", a dit Radomir Saicic, un représentant des étudiants.
La priorité désormais sera de maintenir l'élan, prévient l'expert Ferenc Nemeth, de l’Institut hongrois des affaires internationales (HIIA), qui voit beaucoup de similarités avec la chute de Viktor Orban, survenue aussi cette année.
"Plus les attentes sont élevées, plus le risque de déception est grand", a-t-il rappelé, notant qu’en Hongrie voisine, des signes d’impatience apparaissaient déjà.
T.Ludwig--VZ