Fusées, Starlink, IA: SpaceX passe son premier oral devant Wall Street
Moins de deux mois après une entrée en Bourse record, SpaceX publie mardi, après la clôture de Wall Street, ses premiers résultats trimestriels, alors que l'action du groupe d'Elon Musk a perdu environ la moitié de sa valeur depuis son sommet de juin.
Au-delà du trimestre écoulé, clos fin juin, l'entreprise valorisée quelque 1.500 milliards de dollars doit démontrer que les promesses vendues aux investisseurs -- dominer l'intelligence artificielle (IA), envoyer des centres de données en orbite, coloniser Mars -- vont se transformer en revenus.
Une déception dépasserait Wall Street: entrée dans l'indice boursier phare Nasdaq 100 en juillet, l'action SpaceX compose désormais l'épargne-retraite de millions d'Américains.
Pour l'heure, personne n'attend de bénéfice. Les analystes prévoient en moyenne 1,9 milliard de dollars de perte pour 6,8 milliards de chiffre d'affaires.
Mais ils s'attendent à une perte divisée par plus de deux en un trimestre, et à ce que le groupe passe dans le vert dès le trimestre en cours. Grâce notamment au mégacontrat conclu avec le champion de l'IA Anthropic, qui lui verse depuis juillet 1,25 milliard de dollars par mois pour utiliser le centre de données géant de SpaceX, Colossus, à Memphis.
Les résultats diront surtout où en est la mutation d'un groupe qui n'est plus seulement une entreprise de fusées. Les lancements, cœur historique de SpaceX, ne pèsent plus qu'un cinquième de ses revenus, et perdent de l'argent. Starlink, l'internet par satellite, fournit plus de la moitié du chiffre d'affaires et reste la seule activité rentable.
- Fusion avec Tesla?-
Mais la branche IA - qui regroupe le réseau social X, le robot conversationnel Grok et la location de centres de données - devrait devenir dès le trimestre en cours la première source de revenus du groupe. Car outre Anthropic, Google s'apprête à payer cet automne 920 millions de dollars par mois à SpaceX pour utiliser sa puissance de calcul, et la start-up Reflection AI a conclu un accord similaire.
SpaceX loue ainsi ses machines à ses propres concurrents, son modèle d'IA Grok peinant à s'imposer commercialement face au ChatGPT d'OpenAI ou au Claude d'Anthropic.
Ces contrats sont toutefois résiliables avec un simple préavis de trois mois. Google lui-même décrit le sien comme une "capacité d'appoint" de court terme. "L'IA est le moteur de la croissance, mais elle repose sur des contrats qui expirent d'ici fin 2029", pointe le courtier Phillip Securities, rare à conseiller de vendre le titre.
Autre point scruté: les dépenses. Pour chaque dollar encaissé, SpaceX en investit près de deux, dans ses centres de données comme dans Starship, sa mégafusée encore en essais et sur lequel repose une large part de l'édifice. Le groupe devrait continuer de dépenser des dizaines de milliards de dollars de liquidités pendant au moins trois ans, selon les observateurs.
La nervosité pourrait aussi croître jeudi, quand une première vague d'actionnaires historiques sera autorisée à vendre: le nombre d'actions en circulation, très restreint (moins de 5%), va alors plus que doubler.
"Les résultats trimestriels ne devraient pas compter", estime la société d'analyse financière Bernstein: c'est la prise de parole d'Elon Musk, qui garde le contrôle absolu du groupe, qui fera bouger le titre, en fonction de ses déclarations sur ses dépenses d'investissement, sur le rachat à 60 milliards de dollars de la start-up Cursor, voire sur une hypothétique fusion avec son constructeur automobile Tesla.
A.H.Hoffmann--VZ